La Vendée et Lourdes

La Vendée à Lourdes, une présence toujours actuelle.

Depuis désormais 150 ans, la Vendée se rend à Lourdes chaque année, pour son pèlerinage diocésain. A l’occasion de cette fête, évoquons deux « présences vendéennes » à Lourdes qu’ignorent, peut-être en partie, nombre de pèlerins du diocèse. La première concerne deux cantiques adoptés par les sanctuaires pour les processions et qui sont d’origine vendéenne. L’autre rejoint la chapelle St Joachim de la basilique supérieure.

Lourdes et la vendée
Jean Gaignet 1839-1914

Né en 1839, Jean Gaignet est décédé en 1914

« Le chapelet de Notre Dame de Lourdes »

L’abbé Jean Gaignet, né au Gué-de-Velluire en 1829, composa dès 1871-72 (sans doute pour le premier pèlerinage d’hommes vendéens à Lourdes) un cantique de huit couplets, sorte de salut à Marie, chanté dès l’arrivée des pèlerins à la grotte : l’« Ave Maria », appelé pour cela « Salut d’arrivée ». Très vite adopté par nombre de pèlerinages, ce cantique n’existerait pas sans Lourdes. Mais on peut dire aussi que les pèlerins du monde ne sauraient imaginer Lourdes sans cet Ave Maria.

Devant un tel succès, Mgr Colet, évêque de Luçon invita l’auteur à reprendre ce chant de huit couplets et à composer un long cantique qui reprendrait l’histoire complète des apparitions. Le chapelet de la Vierge de Lourdes, lors des apparitions, comprenait, disait-on, six dizaines et non cinq. L’auteur a donc divisé son propre récit des manifestations de Marie à Lourdes en six dizaines de strophes, donc 60 couplets, scandés par l’Ave Maria. Le « Salut d’arrivée » devint alors « le chapelet à Notre Dame de Lourdes ».

Cette composition qui faisait partie évidemment du manuel du pèlerin reçut l’imprimatur (l’autorisation) de l’évêque de Luçon puis l’approbation de l’évêque de Tarbes,

Benoît Marie : « Je bénis le poète et le remercie cordialement » (27ème édition du manuel du pèlerin de Vendée, 1892).

Aux jours de grands pèlerinages, chanté par des milliers de voix, il roule en ondes sonores jusqu'aux montagnes voisines où il vient expirer et d'où parfois il rebondit en échos successifs, déferlant comme les vagues de l'océan et se répondant dans la plaine.

Frère Jean-Paul Lécot, organiste des sanctuaires de Lourdes, décembre 1994

comment soumettre une intention de prière

S’il n’est presque plus utilisé dans son intégralité, ni dans son texte primitif (car Mgr Théas en 1969 demanda un remaniement du nombre de couplets), « Le chapelet de Notre Dame de Lourdes » accompagne souvent la prière des pèlerins. Et ce n’est pas sans émotion qu’aujourd’hui encore, lors de la procession aux flambeaux, à la nuit tombante, nous voyons s’élever la lumière de milliers de cierges pour célébrer l’Ave Maria … Une prière de la Vendée toujours actuelle et quelle présence !

Le chanoine Delage, en août 1912, écrit : « Le cantique de l ‘Abbé Gaignet est ainsi devenu un refrain mondial en l’honneur de l’Immaculée … » Et l’auteur de ces lignes évoque alors la procession aux flambeaux qui, lors d’un pèlerinage, quittant la grotte par les lacets vers la chapelle qu’empruntait Bernadette, se dirigea ensuite vers la ville. « Sur la place du Marcadal où avait lieu la séparation … les habitants de Lourdes firent partir des fusées en l’honneur des Vendéens. » C’était en 1873 !

La Chapelle St Joachim

Dans la Basilique supérieure, la plus ancienne, celle-là même qui fut construite après les apparitions sur la demande de la Vierge à Bernadette,  se trouve la Chapelle St Joachim, que l’on surnomme aussi la Chapelle des Vendéens. Les Annales de Lourdes des années 1872 et suivantes, rendant compte d’un pèlerinage d’hommes vendéens, concluent :

« Les Vendéens ne pouvaient s’arracher de la Grotte. Ils partirent le coeur bien gros … En passant devant leur bannière du Sacré-Coeur, ils la baisèrent … Elle demeure ici, avec leur coeur, ce glorieux symbole de l’amour de leur Dieu et de leur amour. Ils ont là aussi leur chapelle à eux, la chapelle de la Vendée, exclusivement ornée par eux, celle du père de Marie, de St Joachim. »

Le Père Sempé, Supérieur à Lourdes, des Missionnaires de l’Immaculée Conception, reconnait dans une lettre officielle en date du 19 janvier 1875, avoir reçu du diocèse de Luçon la somme de 15000 francs, laquelle était prêtée, pour décorer ladite chapelle de St Joachim. Les responsables de notre diocèse avaient en effet mis sur pied une « commission vendéenne » qui avait pour tâche de collecter ces dons ; et qui plus tard fut invitée à donner son aval pour les travaux d’ornementation envisagés. Mais notre diocèse ne s’en tiendra pas là. Et Mgr P.A. Pichenot, évêque de Tarbes, reconnaît dans une lettre adressée aux Pères des Sanctuaires et à l’Evêque de Luçon qu’à la demande de celui-ci et, après avoir reçu la somme de 4000 francs, est « fondée » une messe qui sera célébrée dans la chapelle St Joachim.

« Une messe pour les évêques successifs, les prêtres et les fidèles du diocèse de Luçon et à leurs intentions sera célébrée à perpétuité dans la chapelle de St Joachim de l'église de Notre Dame de Lourdes, le 1er samedi de chaque mois ... »

A Lourdes, nous avons donc notre chapelle et chaque mois, l’Eucharistie y est offerte pour notre diocèse. Ne serait-ce pas là, aujourd’hui, une invitation aux pèlerins de Vendée, à monter à la basilique supérieure pour venir y prier ? Et de nous unir à l’offrande du Christ qui y est faite pour nous, en priant tout particulièrement pour l’Eglise en Vendée ? Une Eglise qui, aujourd’hui encore, veut suivre les pas de son Seigneur en tenant fermement la main de sa mère.

L’histoire entre Lourdes et la Vendée est ancrée depuis de si nombreuses années dans le cœur des Vendéens, gravée dans la pierre de Lourdes, ciselée dans les vitraux de nos églises, brodée sur nos bannières et étendards. Cette année, pour le jubilé des 150 ans de la présence de la Vendée à Lourdes, remémorons-nous l’histoire de nos ancêtres qui, chaque année, ont marché jusqu’au sanctuaire, et dans cette même démarche pèlerine que nous faisons aujourd’hui, portons la prière de tous, en particulier des plus fragiles et ceux qui ne pourront s’y rendre, en continuant d’écrire l’histoire de la Vendée à Lourdes.